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CONSEILS
DU MOIS
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CONSEJOS
DEL MES
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Grosses
têtes et grands chapeaux. - Douaniers yougoslaves. - Photographies
superbes des mêmes. - Murs des Romains. - Murs des françaises.
- Progrès de la Science et de l'Industrie. - Crèmes coiffantes,
nus améliorés. - Engraissement du porc normand. - Oreilles
excessives du même. -Alligators et saucisse de chien blanc. - Le
beaujolais lui convient mieux. - Travaux du mois. Effacez vos épaules.
- Chantez en chur. - Choisissez le melon lourd. Faites analyser
vos urines. - Murs des grillons. - Fontaines taries. - Jasione,
poules d'eau, peupliers qui scintillent. - Grandeur consécutives
d'Allah.
Chacun sait combien une grosse tête procure de considération. J'aimerais bien (comme tout le monde) avoir une très grosse tête, et qu'on me regarde dans la rue avec envie. C'est un bonheur qui a failli m'arriver. En me trompant de chapeau au vestiaire. A la piscine, naturellement. J'ai pris celui d'un homme remarquable. Il est plus grand que le mien et il me va mieux quand même. C'est une chose extrêmement flatteuse. Hélas ! il a bien fallu le rendre. (Mais je ferai mieux la prochaine fois.) Le propriétaire est homme pompeux et débonnaire qu'on remarque tout de suite dans la foule, même parmi les nus les plus beaux. On ne peut pas s'empêcher de l'appeler " Monsieur le Président ". Présidentiel, il est présidentiel. Puissant, féroce et débonnaire. Je dis féroce parce qu'il rit comme un ogre ; avec une grande jovialité, dont la cause serait inquiétante ; comme s'il riait de manger une cuisse de petit enfant. Il a une tête de facteur bavarois qui ressemble à François-Joseph. Mais sans la barbe et les moustaches. Il a dû les couper, et ça lui va moins bien. Quoi qu'il en soit, c'est un homme charmant qui a un fort accent de la Lozère. C'est parce qu'il a appris le français dans la Haute-Loire. Il roule les r comme des tombereaux de pavés. Disons comme en serbo-croate. Car autrefois il était yougoslave. Il était même douanier yougoslave. Il m'a fait voir sa photographie. En uniforme d'apparat. L'air intrépide. Tenant une carabine fumante. Le pied gauche posé martialement sur le cadavre d'un contrebandier. Je resonge souvent à cet homme dont le tour de la tête est plus exact que le mien. Tels sont les plaisirs du mois d'août, l'un des mois les plus nécessaires à la géoponie française (géoponie est dans le dictionnaire, vous n'avez qu'à le chercher vous-même) parce que sa chaleur étouffante procure au moissonneur les grosses transpirationsqui lui sont tellement nécessaires pour éliminer rapidement les immenses quantités de boisson que la température l'oblige à absorber dans cette période de gros travaux. Les Romains le célébraient en faisant mille folies, fêtaient Bacchus et tuaient des chiens pour les punir de n'avoir pas aboyé quand les Gaulois avaient assiégé le Capitole. Ils allaient jusqu'à couronner une tête de cheval noir de petits pains. Aujourd'hui on mange les petits pains, on se réfugie dans sa baignoire, on visite les expositions. L'homme s'agite, la femme se démène. Elle brille sur les plages à la mode d'un éclat emprunté au masque à la tomate et à la brosse conique qui rend le bouffant des cheveux. Le cheveu lui-même est nourri de " crèmes coiffantes " ; on ne voit plus que " nus améliorés " ; bref la vieillesse est devenu un mythe, je dirai même l'un des pires témoignages d'une mauvaise éducation. On voit par là combien le mois d'août est rempli des progrès de la science et de l'industrie. Mais le vrai souci, durant cette période difficile, c'est l'engraissement du porc normand. Ses oreilles lui cachent sa pâtée. Elles sont trop grandes, comme le nez de Cléopâtre. (L'oreille du porc normand et le nez de Cléopâtre sont d'une conséquence infinie.) Où est le plaisir de manger quand on ne voit pas ce qu'on mange ? Le porc normand gémit et pleure, se prend dans ses propres oreilles comme dans des spaghetti ou des lacets de souliers, se nourrit mal et engraisse lentement. Le porc anglais sera plus avantageux. Mais qu'on n'aille pas jusqu'à acheter des petits cochons indochinois. Noirs, espiègles et diaboliques, leur turbulence les épuise vite. Et c'est pourquoi l'Indochinois élève plutôt l'alligator dont il coupe la queue tous les ans. Ou alors il engraisse des chiens blancs. Les plus comestibles ont le poil rare. (Et la peau rose ; on voit à travers.) Il en va d'ailleurs de même en France. (Je tiens le détail de Louise Falque qui dirigeait un chantier d'épandage où travaillait le " roi du lapin cru ", qui fit pendant l'Occupation un trafic assez important de saucisse de chien blanc à poil rare, qu'on apprécie encore en Suisse, avec du vin du canton de Vaud. Mais le beaujolais exalte mieux contre le palais le goût du chien blanc, qui est un peu sauvage. Malheureusement il voyage mal.) Ces détails
aideront l'homme à se conduire au mois d'août. Du moins
je l'espère. Ajoutons-y quelques conseils. L'agriculture restant
en août l'une des mamelles principales de France, on s'attachera
surtout à moissonner son champ, l'hiver étant peu favorable
à ces travaux. Ne rêvez pas d'eau chaude, qui présage
accidents. Gommez-vous bien la plante des pieds, c'est ce qu'on verra
le plus de vous sur les plages. Soignez-vous à Vichy comme Napoléon
III, à Aix-les-Bains comme Mme Récamier, ou à Bourbon
comme Mme de Montespan. Faites la sieste. Mangez des prunes. Visitez
l'île Saint-Louis. Allez au bois de Vincennes, vous vous y croirez
en Savoie. Ne dires pas une mais un alvéole. Apprenez le pluriel
des noms à trait d'union. Faites des prunes meringuées
: 30 minutes de cuisson, 5 blancs d'uf et un kilo de prunes, 70
grammes de sucre en poudre et 15 minutes de four moyen pour dorer le
tout. Parlez nettement. Chantez en chur. Effacez les épaules.
Si vous prenez du ventre, rejetez la tête en arrière ;
l'équilibre sera rétabli. Ne plongez pas la tête
la première dans une eau que vous ne connaissais pas. Ne sautez
jamais d'un cinquième, surtout sur un sol cimenté. Rentrez
l'antenne de la radio de votre auto pendant l'orage. Faites analyser
vos urines. Et choisissez le melon très lourd. |
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Cabezas
grandes y sombreros grandes. - Aduaneros yugoslavos. - Magníficas
fotografías de éstos. - Costumbres de los Romanos. - Costumbres
de las Francesas. - Progreso de la Ciencia y de la Industria. - Cosméticos,
desnudos mejorados. - Ceba del cerdo normando. - Orejas excesivas de éste.
- Aligatores y salchichas de perro blanco. - El beaujolais le conviene
mejor. - Obras del mes. - Echad los hombros hacia atrás. - Cantad
a coro. - Elegid el melón pesado. - Haced analizar vuestras orinas.
- Costumbres de los grillos. - Fuentes agotadas. - Jasione, pollas de
agua, álamos que centellean. - Grandeza consecutiva de Alá.
Todos sabemos cuánta consideración proporciona una cabeza grande. Me gustaría (como a todo el mundo), tener una cabeza muy grande, y que la gente me mire en la calle con envidia. Por poco consigo ser afortunado. Al equivocarme de sombrero en el guardarropa. De la piscina, naturalmente. Cogí el de un hombre notable. Es más grande que el mío y sin embargo me queda mejor. Es una cosa sumamente halagüeña. ¡ Por desgracia ! tuve que devolverlo. (Pero me saldrá mejor la próxima vez). El propietario es un hombre imponente y bondadoso que en seguida llama la atención entre la muchedumbre, incluso entre los más hermosos desnudos. No podemos sino llamarle " Señor Presidente ". Presidencial, él es presidencial. Poderoso, feroz y bondadoso. Digo feroz porque se ríe como un ogro ; con una gran jovialidad, cuya causa sería inquietante ; como si se riese en comer una pierna de chiquillo. Tiene cara de cartero bávaro que se parece a Francisco-José. Pero sin las barbas ni el bigote. Debió de cortársela, y no le queda tan bien. Sea lo que sea, es un hombre encantador que tiene un fuerte acento de Lozère. Es porque aprendió francés en Haute-Loire. Pronuncia fuerte las "r" como carretas de adoquines. Digamos como en serbocroata. Porque antaño era yugoslavo. Incluso era aduanero yugoslavo. Me enseñó su fotografía. En uniforme pomposo. Con aire intrépido. Sujetando una carabina humeanta. Con el pie izquierdo apoyado con firmeza sobre el cadáver de un contrabandista. Pienso a menudo en aquel hombre cuyo contorno de la cabeza es más exacto que el mío. Éstos son los placeres del mes de agosto, uno de los meses más necesarios a la geoponía francesa ( geoponía está en el diccionario, id a buscarlo vosotros mismos) porque su calor sofocante proporciona al segador las grandes transpiraciones que le son tan necesarias para eliminar rápidamente las inmensas cantidades de bebida que la temperatura le obliga a absorber en este período de grandes obras. Los Romanos lo celebraban haciendo mil locuras, celebraban a Baco y mataban perros para castigarlos por no haber ladrado cuando los Galos habían sitiado el Capitolio. Hasta coronaban una cabeza de caballo negro con panecillos. Hoy en día se comen los panecillos, uno se refugia en su bañera, se visitan las exposiciones. El hombre se mueve, la mujer se esmera. Ella se luce en las playas de moda con un resplandor tomado de la mascarilla de tomate y del cepillo de pelo cónico que da volumen al cabello. El pelo es nutrido con " cosméticos " ; ya sólo se ven a " nudistas mejorados " ; total que la vejez se ha convertido en un mito, hasta diría en uno de los peores testimonios de una mala educación. Con eso es de notar
cuán lleno está el mes de agosto de progresos de la ciencia
y de la industria. Pero la verdadera preocupación, durante este
período difícil, es el engorde del cerdo normando. Sus
orejas le ocultan la comida. Son demasiado grandes, como la nariz de
Cleopatra. (La oreja del cerdo normando y la nariz de Cleopatra tienen
una consecuencia infinita.) ¿Dónde está el placer
de comer cuando uno no ve lo que come? El cerdo normando se lamenta
y llora, se lía en sus propias orejas como con espaguetis o cordones
de zapatos, se alimenta mal y engorda lentamente. El cerdo inglés
será más ventajoso. Pero no vayan a comprar cerditos indochinos.
Negros, traviesos y diabólicos, su turbulencia los extenúa
rápidamente. Y por eso el Indochino cría más bien
el alígator al cual corta el rabo todos los años. O si
no ceba unos perros blancos. Los más comestibles tienen el pelaje
ralo. (Y la piel rosa ; se ve a través.) Lo mismo ocurre en Francia.
(Este detalle me lo reveló Louise Falque, quien dirigía
una obra de esparcimiento donde trabajaba el " rey del conejo crudo
", que durante la Ocupación hizo un tráfico bastante
importante de salchichas de perro blanco de pelaje ralo, que se aprecian
todavía en Suiza, con vino del cantón de Vaud. Pero el
beaujolais exalta mejor el gusto del perro blanco, que es un poco salvaje.
Desgraciadamente se transporta mal.) |